Mes observations de la semaine sans jouets

Première semaine sans jouets

Dans le cadre de mon Projet Réduire , je vous ai expliqué pourquoi je voulais réduire le matériel disponible dans ma garderie et du défi que je me suis lancé de retirer les jouets pendant toute une semaine.

Je vous permet ici, d’entrer un peu plus dans l’expérience avec moi en vous partageant mes observations plus concrètes.

Je ne peux qu’espérer vous inspirer assez pour vous donner le courage d’entreprendre cette belle aventure qui transforme les liens avec le monde matériel et celui des relations humaines.

L’utilisation du matériel

J’ai mis à la disposition des enfants, des boîtes de carton de différentes grosseurs dont quelques-unes assez solides pour monter dessus, des foulards de tissu carrés, quelques petits contenants provenant de récupération, du papier brun et des rouleaux de cartons.

Il a été surprenant de constater à quel point les boîtes, les foulards et les bouts de bois (à l’extérieur) ont été utilisés de multiple façons!

Le temps d’utilisation totale du matériel a légèrement augmenté et il a été utilisé plus longtemps avant d’être délaissé ou échangé, donc moins d’interactions courtes avec celui-ci.

Les quantités disponibles m’ont semblées suffisantes.

Le mobilier a été très utilisé et même nos vêtements comme les vestes et les bas.

Un petit effet secondaire imprévu mais agréable, les affiches présentes aux murs depuis longtemps ont été « redécouvertes »!

L’effet sur les enfants

Puisque tous les enfants n’ont pas été présents les mêmes journées, ils n’ont pas tous été confrontés à la même vitesse. Ceux qui ont passé plus de temps sans jouet ont entraîné les autres dans des jeux qu’ils avaient développé les journées précédentes.

Il y a des enfants qui sont plus dépendants de nos idées et de notre attention pour développer des jeux. Ceux-ci ont essayé quelques stratagèmes pour retrouver un peu de connu, mais j’ai vu de beaux changements dans leurs comportements et leur confiance.

J’ai noté que les jeux de rôles ont pris beaucoup de plus de place, à mon grand bonheur, puisque ça m’inquiétait un peu qu’il n’y en ait presque pas auparavant. En les écoutant et en les observant, j’ai pu récolter des informations sur leur vécu, qu’ils transposent dans ce type de jeu.

Les besoins naturels des plus jeunes ont été mis en évidence, comme pousser et tirer des objets, pointer des images, ouvrir/fermer, grimper/descendre et les jeux en parallèle.

Ils ont fait preuve de plus de résilience, ils avaient peut-être moins acquis de type de jeux avec des jouets. Ils ont rapidement trouvé le moyen de s’amuser, comme s’ils étaient naturellement mués par leurs besoins. Ils ont moins joué seuls, ils suivaient les grands, les imitaient, les observaient, s’intégraient parallèlement.

J’ai senti le clan se resserrer, que les idées proliféraient et que le matériel était relégué au niveau de soutien plutôt qu’au premier plan comme déclencheur nécessaire du jeu.

J’ai observé une augmentation des interactions humaines ainsi que du temps passé calme et seul. Ils étaient plus concentrés et se sont tous endormis très rapidement à la sieste.

Plusieurs enfants ont manifesté le besoin de se retirer tranquille quelques minutes.

Un parent m’a partagé un moment qui m’a fait réfléchir. Un soir, un Petit Pois de 2 1/2 ans a spontanément raconté sa journée avec beaucoup de détails et d’enthousiasme. Les jeunes enfants vivent tellement dans le moment présent qu’ils se souviennent rarement de ce qu’ils ont fait dans la journée, du moins pas assez pour le raconter. Je me suis dis que cet enfant avait vécu quelquechose qui l’avait impregné, que sa journée n’avait pas été un bombardement d’informations et de choses dont il n’avait pas besoin.

Bref, les enfants semblaient mieux comblés par leurs jeux et les jouets ne semblaient pas leur manquer. Ils ont vraiment aimé prendre part aux tâches, ils y ont trouvé leurs stimulations et apprentissages selon leur niveau.

Tout le monde s’est bien amusé!

L’effet sur moi

Dans ma démarche je souhaitais aussi définir les limites de mes interventions et les cadres de ma tolérance.

J’ai trouvé que de laisser les enfants faire ce qu’ils aimaient et développer le jeu eux-même sans les influencer avait été apaisant pour moi.

À plusieurs reprise, j’ai trouvé que c’était un beau défi de me retenir de faire les choses à leur place. J’ai été plus portée à faire des retours avec eux et à échanger sur leur vécu dans cette expérience.

J’ai pris conscience que mon rôle de cadre et de constance est essentiel pour la bonne gestion des émotions et de l’énergie, que je suis un leader d’équipe et que je réussissais mieux à appliquer la démocratie à travers cette expérience.

Je me suis sentie valorisée de voir que les enfants étaient satisfaits de me savoir disponible pour les écouter sans nécessairement leur donner de réponse, pour souligner leurs réussites ainsi que favoriser l’inclusion et l’entraide.

J’ai eu un petit pincement au cœur un matin, quand une Cocotte s’est assise à la table et m’a demandé à faire du dessin. Je me demandais bien ce que j’allais faire, parce les crayons allaient redevenir disponibles éventuellement, mais je les avais retirés lors de la première semaine pour stimuler l’imagination. C’est là qu’un autre enfant est intervenu en expliquant qu’il avait dessiné avec son doigt sur son drap cette semaine! Wow merci Petit Pois!

J’ai été très impressionnée et touchée par tout ce que j’ai vu lors de cette semaine! La suite se concrétisait dans mon esprit, je me sentais plus solide dans mon intention.

Remaniement de l’aménagement et du mobilier

J’ai laissé beaucoup plus de liberté aux enfants pour l’espace de jeu, le mouvement, le rangement au fur et à mesure etc.

Après quelques jours, on a remarqué que les enfants s’amusaient vraiment beaucoup mais qu’ils avaient tendance à s’exciter et que, dans ce cas, ils ne pouvaient plus penser aux consignes de sécurité, alors je leur ai expliqué que c’est mon travail d’intervenir pour qu’ils puissent rester en contrôle de leurs choix et de leurs jeux. Ils ont été ouverts et ont semblé touchés par le partage de mes émotions.

J’ai donc replacé le mobilier en fonction de limiter l’espace et les grands mouvements.

Les enfants utilisaient les fauteuils pour coins tranquilles, alors j’ai refais un coin calme et doux pour ceux qui avaient besoin de rester tranquilles ou concentrés par moment.

Les effets sur la routine

Les activités de routines ont été enrichies en plaisirs et en apprentissages.

De plus, lorsqu’on a instauré le libre service du dîner, j’ai trouvé que les enfants étaient plus attentifs aux explications et aux discussions.

Les périodes de jeux libres ont fait alternance avec des périodes plus encadrées comme la méditation, l’habillage, l’hygiène, les repas et collations, les activités spéciales, la cuisine etc.

À certains moments, j’ai remarqué que je devais combler les moments d’attente et de transition pour mieux encadrer la nouvelle liberté que les enfants vivaient.

Les responsabilités ont été très appréciées et ont comblé ce besoin. Le moment où on les déterminait était riche, les enfants exprimaient ce qu’ils avaient envie de faire et on discutait pour que tout le monde soit satisfait et ait la chance d’essayer de nouvelles choses. Ils ont eu l’occasion de faire le portier de la salle de bain, placer les chaises, mettre les bavettes aux petits, donner les ustensiles et la vaisselle, préparer les débarbouillettes humides, nettoyer les chaises et les empiler, m’apporter les matelas, plier et ranger les débarbouillettes et les draps etc…

La réaction des parents

Plusieurs se posent la question: Comment les parents ont-ils réagi à l’annonce de cette expérience?

Ici, ils ont réagi avec ouverture. Je leur ai présenté un document écrit pour expliquer le projet et ses détails. Je me suis placée en position d’ouverture aussi, leur démontrant que je désirais avoir leurs opinions et leurs observations tout au long de l’expérience.

Un parent m’a même fait part de son intention de réduire les jouets de son enfant de 50% à la maison.

Tous, m’ont rapporté des effets positifs à la maison comme plus de créativité, de plus longues périodes de jeu autonome, plus de jeux d’imitation etc.

En somme, ils étaient heureux du vécu de leur enfant.

Mes réflexions sur l’aménagement de la garderie

À la base, en tant que parent, j’aimais les garderies en milieu familial parce que je voulais que mes enfants vivent un quotidien réaliste, qu’ils soient témoins des tâches quotidiennes, qu’ils évoluent dans un milieu qui considère chaque personne avec ses intérêts, ses besoins et ses particularités… et qui exige aussi parfois de la patience, du calme, de se restreindre à un bout de plancher parce que celui-ci est fraîchement lavé et qu’il faut le laisser sécher! Un milieu où il fait bon jouer dehors, beau temps, mauvais temps, en toute sécurité.

Avec mon expérience de responsable d’un milieu de garde familial, j’ai confirmé ma pensée que de vivre continuellement dans une salle de jeux n’est pas le reflet d’une vie réaliste et équilibrée. J’ai eu envie de redonner à mon service de garde ses airs de maisonnée accueillante et chaleureuse à l’intérieur et pleine de possibilités à l’extérieur.

Le meilleur des deux mondes serait-il un milieu où l’éducatrice, riche de ses connaissances, de sa personnalité, de ses forces et de ses limites, encadre les enfants de tout son amour dans un quotidien riche de ses anecdotes, de ses répétitions, de ses exigences et de la magie des petits plaisirs de la vie?

Mon expérience de la garderie sans jouets m’a apporté beaucoup de réflexions 

Cette expérience a été très nourrissante et motivante. J’ai tellement de choses à vous partager sur ce sujet que je vous ai concocté des articles sur:

• mes critères de sélection du matériel

• l’intégration des transitions et de la routine dans vos journées avec les enfants, à la maison comme à la garderie

• le lâcher prise que cela nécessite

mes interventions lors des activités motrices et libres

Soyez au rendez-vous et surtout, si vous avez l’intention de vivre l’expérience vous aussi, venez partager votre vécu avec nous en commentant sous les articles du blog ou sur la page Facebook de Cocotte et Petit Pois!!

À bientôt!

12 réflexions sur « Mes observations de la semaine sans jouets »

  1. j’ai découvert votre site par hasard et je vous en remercie. Car je suis assistante maternelle agrée et votre projet réduire me parle complètement. Je souhaiterai échanger avec vous si vous êtes d’accord.

    1. Bonjour Aude,

      Je suis heureuse de vous avoir touché avec mon Projet Réduire!
      Vous pouvez communiquer via la page Facebook https://m.facebook.com/cocotteetpetitpois/
      Ou par courriel genevieve.ethier@cocotteetpetitpois.com

      Merci de votre intérêt, au plaisir d’echanger avec vous!

  2. Bonjour,
    Merci pour ce témoignage d expérience vraiment très intéressant. Ça donne envie !

    En finissant de lire, quelque chose m est venu en tête …
    Depuis un bon moment, je me dis que ce que nous mangeons et ce que nous faisons manger à nos enfants, tous ces pesticides, engrais, OGM, sucre,… que nous ingurgitons sont les responsables (en partie, en plus de l éducation et de notre société de surconsommation et du tout numérique) des différences de comportements et de fonctionnement des enfants du XXIème siècle.

    Mais si finalement les troubles de l’attention, de la concentration, les Dys-, les Hauts Potentiels Intellectuels, etc… s’étaient largement multipliés par l apparition dès le plus jeune âge de ces jouets à bruit, à mouvements, qui limitent beaucoup l intervention de l enfant qui n a plus qu’à appuyer sur un bouton prédéfini et l intervention de l adulte qui même de loin est agacé mais rassuré d entendre le son du jouet ?

    Merci donc de m avoir permis d avoir cette réflexion … dommage mes enfants sont maintenant un peu grands (6 et 8 ans) mais je vais tout de même tenter d en prendre compte pour les prochains achats.

    Merci encore

    Bien à vous.
    Stéphanie

    1. En effet Stéphanie, du côté alimentaire il y plusieurs prises de conscience à faire! Ici, à la garderie comme à la maison, nous avons des aliments biologiques et végétaux.
      Merci pour le partage de cette réflexion et, n’oubliez pas, il n’est jamais trop tard pour appliquer des principes qui nous tiennent à cœur!
      Je vous souhaite une belle journée!

  3. Très beau témoignage. C’est bien de se remettre en question professionnellement et cela prouve bien que les enfants sont encore plus créatifs que les adultes. Sans être aller jusqu’à enlever tous les jouets, moi même j’en mets très peu à disposition des enfants (je suis assistante maternelle agréée) et j’ai pu constater que les enfants s’amusent ensemble se rapprochent autour de cartons, boîtes en carton etc. et travaillent leur imagination.
    Je m’inspire des différentes méthodes Montessori Pickler ….
    merci d’avoir partagé votre expérience.

  4. Très intéressantes ces réflexions!

  5. Le terme résilience me gêne tellement. Je suis resiliante. J’ai subit des maltraitance. C’est lié. Ça la résilience.

    Ça me fou un espèce de sentiment violent

    1. CocotteetPetitpois 1 août 2018 — 15 03 20 08208

      Je comprends votre malaise.
      Il y a sûrement de grandes résiliences quand de grands besoins sont malmenés et de petites résiliences quand de petits maux et de petites peines amènent de petites souplesses en solution.

  6. Merci pour le récit de cette belle expérience. Et je suis totalement convaincue de cette phrase « Le meilleur des deux mondes serait-il un milieu où l’éducatrice, riche de ses connaissances, de sa personnalité, de ses forces et de ses limites, encadre les enfants de tout son amour dans un quotidien riche de ses anecdotes, de ses répétitions, de ses exigences et de la magie des petits plaisirs de la vie? » Clairement, je pense que l’on sollicite trop les enfants d’une et unique manière avec les jeux du commerce. Quand on les laisse avec du carton et trois bouts de ficelle, on voit bien toute l’imagination, l’intelligence qui se dégage d’eux.
    Après, je pense que c’est plus facile à priori de laisser des enfants avec des jeux dits « stimulants » parce que cela sollicite moins l’adulte. Pour autant, et c’est là ou je trouve ton récit super intéressant: quand ils ne sont plus hyper-stimulés (sons, bruits, couleurs, multitude de jouets…) ils s’approprient la vraie vie et aident ou participent à des choses qui peuvent à la fin convenir tout aussi bien à un équilibre de vie adulte / enfant (apprendre à plier les lingettes par exemple).

    1. CocotteetPetitpois 1 août 2018 — 1 01 56 08568

      Vois avez soulever le point le plus important, je crois: cela sollicite moins l’adulte. Car l’adulte est dans un monde de surstimulation et il est saturé lui-même.
      Merci pour votre partage.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close