Osez aller marcher avec votre enfant

Oui, j’adore aller marcher.

Pour aller travailler, il faut rouler vite, éviter le trafic. Pour aller chercher les enfants, il faut arriver à l’heure, revenir à temps pour le train-train. Pour aller à l’épicerie, il vaut mieux ne pas perdre de temps, il vaut mieux rentabiliser les allers et les sorties. Pour être en forme, il faut courir ou pédaler!
On s’en impose beaucoup des « il faut » et des « je dois »!

Hélas, notre vie se fait imposer tous ces rétrécissements d’instants et ces compressions de moments sans broncher.
Elle vit d’espoir, j’imagine.

Marcher pour se rendre quelque part, c’est plus long.
Mais marcher est un acte qui ralenti le temps.
On a soudain le temps d’apprécier un tas de choses!
Notre environnement immédiat et quotidien se révèle à nous dans une tendresse gratuite et généreuse.

Il s’immisce à travers nous discrètement, par nos sens, pour nous aider à s’y identifier ou à se retrouver le temps d’un souvenir réveillé.

Marcher sur le même chemin à maintes reprises, beau temps, mauvais temps, c’est un peu comme de se regarder dans le miroir tous les matins, assez longtemps pour apercevoir les ridules se former, assez tôt pour corriger le tir si elles s’étirent dans la douleur ou la colère, assez longuement pour admettre leur historique, leur donner une personnalité et les aimer avec compassion.

Y marcher assez régulièrement pour savoir apprécier l’arc-en-ciel par dessus les toitures et savoir baisser les yeux pour sauver les vers de terre quand le soleil assèche le trottoir. Assez souvent pour connaître par cœur les recoins qui accumulent les plus grosses flaques d’eau et regarder les conducteurs les ignorer, comme nous l’avons fait auparavant.
Marcher nous donne accès à un autre angle.

Marcher avec les enfants est un acte qui arrête le temps.
Toutes les notions de la vie sont à notre disposition pour nous aider dans notre rôle de transmission des connaissances. Que le sujet soit la route, le chemin à emprunter ou les choses, les personnes et les situations qui se trouvent sur le chemin, les enfants savent en tirer quelque chose de nouveau , quelque chose d’extraordinaire.

Ils savent d’instinct ce qu’on a manqué, ce qui nous a manqué et nous le rappellent gentiment, comme un secret murmuré, comme un clin d’œil complice.
Marcher avec des enfants décuple l’effet de l’acte lui-même.

En marchant, je laisse mes pensées se balader aussi, elles connaissent le chemin mieux que moi, elles m’amènent là où je n’ai pas pris le temps de solutionner, là où les liens se tissent entre elles et me font part de leurs échanges, de leurs discussions productives.

Sans en avoir l’air, sans même m’en rendre compte, je solutionne! Je résous! Je comprends et je me comprends.

Oh! Elles ont besoin de prendre l’air mes pensées!

Comme des chiens, elles ont besoin de leur petite sortie pour évacuer avant de s’endormir paisiblement, repues et dégagées, le ventre libre de toxines.

Alors je sors. Je vais les promener en regardant le vide et ce qui le rempli.

Je respire.

Je me nettoie l’intérieur.

Je progresse.

Et demain, ça recommencera.

Je me remplirai, je digérerai et toutes ces fibres intellectuelles que je goberai alimenteront le transit, et j’avancerai!

Parfois on a besoin d’un peu de courage pour décider délibérément de prendre la méthode la plus longue, mais ce courage en vaut l’effort quand il se transforme en fierté, en moment de bonheur ordinaire et en relation profonde avec nous-même et avec nos proches.

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